Contribution du SPDG aux débats ouverts
par le programme d'action gouvernemental
et le livre blanc du CNIG/AFIGEO
En mars 1996 le Syndicat Professionnel de la Géomatique rendait public son manifeste "pour libérer laccès aux données géographiques". Ce manifeste, qui a contribué au développement de la réflexion sur les conditions du développement du marché de linformation géographique numérique en France, doit être actualisé :
Le SPDG entend apporter sa contribution aux débats ainsi ouverts par le Gouvernement et par le CNIG : le secteur de la Géomatique doit pleinement jouer son rôle dans le développement dune véritable industrie française de linformation géographique qui apportera de nouveaux services aux entreprises, aux administrations et à lensemble des citoyens et générera la création de nombreux emplois.
Les propositions du SPDG sont développées ci-après dans le cadre d'une présentation et d'une analyse succincte du programme daction du Gouvernement et du livre blanc du CNIG.
I. Le programme daction du Gouvernement
Après avoir présenté les enjeux de la société de linformation le programme décrit six chantiers prioritaires et définit la méthode de mise en uvre.
Les enjeux de la société de linformation
Cette introduction met laccent sur la numérisation des données et la mondialisation des réseaux (Internet) avec leurs conséquences pour léconomie (compétitivité des entreprises) mais aussi pour la vie des citoyens. Le gouvernement affirme sa volonté de favoriser mais aussi dencadrer ces évolutions et dengager un grand débat permettant dassocier lensemble des intéressés et denrichir le programme.
Le SPDG partage lessentiel de cette analyse : la numérisation de lensemble des données géographiques est nécessaire et urgente. Une très grande part des données disponibles sous forme numérique a un caractère géographique, une composante spatiale, dans la mesure où elles sont localisées (notamment au moyen dune adresse). Les outils de la géomatique sont indispensables pour représenter ces données (notamment au moyen de cartes), pour les analyser (études durbanisme et daménagement, analyses environnementales, géomarketing...) et pour les exploiter dans toute leur richesse (gestion de réseaux, logistique, aide à la navigation, calcul ditinéraires, agriculture de précision...).
Ainsi la numérisation et la mise en ligne des données géographiques, ainsi que la diffusion des outils et des services géomatiques qui y sont liés, se présentent clairement comme un élément essentiel de lentrée dans la société de linformation.
Cest fort de cette analyse que le SPDG entend participer au débat ouvert par le Gouvernement.
Premier chantier : lenseignement
Ce premier chantier met laccent sur lintroduction des nouvelles technologies de linformation et de la communication dans les établissements scolaires et universitaires, chaque établissement étant tenu de définir son propre programme. Lobjectif est double : permettre aux élèves de maîtriser les nouveaux outils et mettre ces outils au service dune pédagogie renouvelée (notamment grâce au multimédia).
Le plan prévoit notamment un soutien à lindustrie du multimédia éducatif, qui devrait souvent utiliser des données géographiques, notamment pour la description du cadre de vie (le village, le quartier, etc.) et de la nature (notions dhabitat, de biotope...), la représentation de lespace (distance, inclusion, toponymie, symboles...). Ce secteur devrait notamment intéresser les producteurs de données et les éditeurs de logiciels de visualisation.
La DATAR a engagé avec le CNIG une étude visant à recenser les compétences existant dans le domaine de la formation aux outils géomatiques afin de pouvoir les mobiliser en vue de la sensibilisation et de la formation des maîtres.
Le SPDG apporte un soutien complet à cette démarche, la sensibilisation et la formation des utilisateurs potentiels constituant une des conditions essentielles du déploiement le plus large des outils géomatiques. Il est prêt à contribuer, pour ce qui dépend de ses adhérents, au succès de cette démarche.
Deuxième chantier : la politique culturelle
Sous le titre "une politique culturelle ambitieuse pour le nouveau média" le programme daction décline une série de propositions visant les "nouveaux media" que constituent les supports numériques (dits multimédia dans la mesure où ils peuvent associer aux textes des images, fixes ou animées, et des sons), quils soient hors ligne (notamment CD et DVD) ou en ligne (notamment Internet).
Le soutien à la création de contenus et de services multimédias
Les dispositifs existants daide à la création, qui sappuient notamment sur laction du Centre national de la cinématographie (CNC) et de lInstitut de financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC), seront renforcés et adaptés : les aides du CNC seront augmentées de 50 %, 25 MF davances remboursables seront consacrées à lédition multimédia.
Le SPDG souhaite une démarche plus ouverte qui tende à élargir la politique culturelle pour prendre en compte les exigences de la société de linformation. Avec le multimédia les vieilles distinctions entre les différents "arts" perdent de leur pertinence et cest la création de contenus, sans frontières préalables et arbitraires, quil faut soutenir. Pour la géomatique il sagit en particulier des outils (systèmes dinformation géographique, SIG) et des données (cartes multimédia et hypermédia).
La domination anglo-saxonne est beaucoup plus forte dans le domaine du logiciel que dans les domaines culturels au sens étroit du terme. Il existe une tendance forte à laugmentation de la part des progiciels au détriment des systèmes "sur mesure", domaine dexcellence des SSII françaises. La France, et même lEurope, est pratiquement absente de secteurs aussi importants que les systèmes dexploitation, les SGBD, les navigateurs Internet... Il existe encore des éditeurs français de SIG : ils ont besoin de soutien face à la concurrence de produits sappuyant sur un marché mondial.
Cest pourquoi le SPDG demande lextension des mécanismes de type fonds de soutien et avances sur recettes à lensemble de la production numérique de données, au-delà des critères étroits réservant ces aides à laudiovisuel et au multimédia.
Lharmonisation de la TVA sur les produits "culturels"
Le programme daction constate la diversité des régimes fiscaux sur les produits culturels : 2,1% pour la presse, 5,5 % pour le livre et 20,6 % pour les autres (y compris la presse ou le livre numérisés). Une baisse des taux de TVA est improbable dans la mesure où elle suppose un accord européen en ce sens.
Le programme daction indique que "La France poursuivra ses efforts afin de convaincre ses partenaires de lopportunité dune harmonisation de la fiscalité des produits culturels"...
Le SPDG souligne que le régime actuel ne peut perdurer sans inconvénients dans la mesure où des taux différents sont appliqués aux produits papier bénéficiant du taux réduit (guides, atlas) et aux produits numériques (guides multimédia, bases de données géographiques) taxés au taux normal. En outre lINSEE et la DGI ne sont pas soumis à la TVA. , ce qui crée des distorsions de concurrence inacceptables pour les PME du secteur.
Le SPDG demande que lharmonisation du taux de la TVA soit réalisée rapidement sur lensemble des produits informationnels afin de supprimer les discriminations qui pénalisent les produits numériques par rapport aux produits sur support papier. Dans la mesure où cette harmonisation ne pourrait se faire, en raison des règlements européens, sur la base du taux réduit, si le taux normal devait être retenu, tout ou partie de ces recettes supplémentaires ainsi générées pourrait être affecté au fonds de soutien à la création évoqué ci dessus.
Numériser le patrimoine culturel et le diffuser sur Internet
Un budget de 12 MF est prévu pour la numérisation en 1998 du patrimoine "artistique". En outre la numérisation du fonds de la bibliothèque Nationale de France sera poursuivie. Un plan de diffusion des données culturelles publiques sur Internet sera élaboré par un groupe de travail du ministère de la Culture et de la Communication, avant la fin du premier semestre 1998, pour chaque département du ministère. Les propositions de ce groupe de travail feront lobjet dune large concertation.
Le SPDG soutient cette démarche et souhaite quelle soit étendue au patrimoine culturel au sens large, la notion de patrimoine "artistique" pouvant être interprétée de manière restrictive. Une attention particulière doit être apportée à la représentation du patrimoine architectural, des villes et des paysages (plans darchitecte, études paysagères, maquettes, "vues", anciens plans durbanisme ou daménagement...). La numérisation des fonds cartographiques anciens disponibles à lIGN, à la BNF ou dans différents services darchives doit également être engagée.
Le programme daction ne donne aucune indication sur les modes de tarification des données ainsi numérisées. Sagissant dun patrimoine culturel appartenant au domaine public, il est important que les tarifs ne constituent pas un obstacle à une large diffusion. La tarification au coût de mise à disposition semble de ce point de vue la meilleure. Mais elle implique de renoncer à la "valorisation commerciale" évoquée dans le programme daction. Il faut arbitrer entre deux objectifs :
assurer la diffusion la plus large du patrimoine culturel et le rayonnement de la culture française,
Le SPDG suggère que l'Etat renonce à se prévaloir du droit sui generis institué par la directive européenne sur les bases de données et s'en tienne au droit d'auteur pouvant résulter de l'originalité des ensembles de données constitués par les administrations.
Favoriser laccès au patrimoine touristique par Internet en 1998
Une réflexion associant les grandes fédérations du tourisme se traduira par la mise en place, au premier semestre 1998, dun serveur national dinformation et de réservation sur Internet. Cet outil rendra ainsi loffre touristique française plus accessible aux tours-opérateurs et agents de voyages ainsi quà lensemble de la clientèle française et étrangère.
Troisième chantier : moderniser les services publics
Ce chantier vise deux grands objectifs : faciliter laccès des citoyens à linformation par Internet et moderniser le fonctionnement de lEtat.
Généraliser la numérisation et la mise en ligne des données publiques
"Afin de favoriser laccès du public à linformation administrative et aux différents types de données publiques, chaque ministère élaborera, en liaison avec la Commission de coordination de la documentation administrative (CCDA), avant la fin du premier semestre 1998, un plan de numérisation et de mise en ligne sur Internet des données publiques quil détient. Chaque ministère réalisera pour cela un inventaire préalable des gisements dinformations disponibles et définira une typologie des informations dont la diffusion est souhaitable".
Le SPDG approuve cette partie du programme daction et propose quelle soit étendue à lensemble des services publics et des établissements publics ainsi quà lensemble des collectivités locales et des organismes financés sur fonds publics.
En revanche le SPDG ne peut accepter que chaque ministère définisse arbitrairement la typologie des informations à diffuser et souhaite quune loi très claire soit élaborée et votée explicitant luniversalité de laccès aux documents administratifs, sous réserve dexceptions limitées et placées sous le contrôle du juge (secret défense, protection des personnes...), . et même, si possible, que ceci soit renforcé par un principe constitutionnel, comme aux Etats-Unis, spécifiant que les citoyens disposent dun droit daccès à linformation sur lensemble des données publiques.
Le droit daccès ne peut en effet être séparé de la diffusion (on ne peut accéder à ce que lon ne connaît pas) et du droit de rediffusion (faire connaître linformation à laquelle on a eu accès) contrôlé par un organisme indépendant de ladministration. Cf., par analogie, la jurisprudence du conseil constitutionnel sur la liberté dexpression, il sagit non seulement dun droit a lexpression de toutes les opinions mais aussi dun droit pour les citoyens à laccès effectif à cette pluralité dopinions (sous le contrôle du CSA, par exemple, pour laudiovisuel).
En outre, les administrations ne sont pas toujours les mieux placées pour apprécier lintérêt de leurs données pour des tiers et les moyens de les valoriser.
Cest pourquoi il importe, dans un premier temps, de publier un inventaire complet des données utilisées dans les ministères et les établissements publics qui y sont rattachés. Les systèmes dinformation modernes impliquent la mise en place et la maintenance de dictionnaires de données. Ces dictionnaires devraient être rendus publics (et créés lorsquils font défaut). Dans un deuxième temps la mise en place de catalogues de données décrivant ces dernières plus précisément est nécessaire. Le SPDG pourrait donner son avis sur la nomenclature, pour les données, et les normes de qualité et de format pour harmoniser la collecte de ces informations.
Le SPDG suggère que la modernisation de la Loi Informatique et Libertés, rendue nécessaire pour lapplication de la directive européenne sur la protection des données personnelles, soit loccasion délargir les missions de la CNIL en ajoutant à la protection des libertés individuelles la défense du droit à linformation, élément essentiel de la liberté politique. Cette loi devrait également abroger les nombreux textes qui restreignent les possibilités de diffuser et dutiliser les données publiques à des fins commerciales.
Bien entendu cette approche citoyenne ne soppose en aucune manière à la recherche dune plus grande efficacité économique et sociale, liée à une meilleure circulation de linformation, pas plus quau développement de lemploi dans lindustrie de linformation.
Elaborer une doctrine claire en matière de diffusion des données publiques
"Au-delà des données publiques essentielles, dont Internet rend désormais possible une diffusion gratuite, il existe un champ considérable de données dont laccès constitue lune des conditions primordiales au développement de lindustrie et du marché français de linformation. Une personnalité indépendante sera désignée afin de proposer aux administrations les éléments dune doctrine claire sur le champ et les conditions de la tarification des données publiques".
Le SPDG appuie cette proposition du programme daction en insistant toutefois sur lurgence de la clarification. Dimportants investissements sont bloqués par les incertitudes et par les distorsions de concurrence résultant des ambiguïtés que vivent des organismes comme lIGN, lINSEE, Météo France..., partagés entre leurs missions de services publics et les demandes de la tutelle visant à réduire les concours budgétaires grâce au développement de recettes "commerciales".
Cela conduit le SPDG à préconiser trois grandes orientations :
Quel que soit le soin apporté à la clarification de la politique de diffusion et de tarification des données, son application concrète posera naturellement de nombreux problèmes. Le SPDG propose que des normes soient préalablement définies par lautorité législative et quune instance de régulation autonome, dotée dune autorité suffisante, soit chargée des arbitrages. Ce pourrait être une nouvelle mission confiée à la CNIL dont la composition serait élargie à cette fin.
Diffuser gratuitement les données publiques essentielles
"A côté des données produites par ladministration qui peuvent faire lobjet dune commercialisation, les données publiques essentielles doivent être accessibles gratuitement sur Internet. Il sagit notamment des grands textes de notre droit, de linformation administrative du public, des principaux documents publics et des données culturelles essentielles... Dans lélaboration de leur plan de numérisation des données publiques, les ministères proposeront un recensement de leurs données essentielles, par domaine dactivité".
Le SPDG approuve cette disposition du programme daction. Pour les données géographiques il paraît nécessaire de faire dInternet un des moyens légaux de publication des actes, en complément de laffichage (en Mairie ou sur le terrain) et de la publication dans les journaux dannonces ou les journaux locaux. Cela concerne notamment les permis de construire, les POS, les PAZ, les schémas directeurs, les DUP, les actes de mutation et les hypothèques, les plans de prévention des risques, toutes les données sur les pollutions et nuisances et plus généralement tous les textes justifiant la réalisation dune enquête publique ainsi que les délibérations des diverses collectivités et établissements publics.
Pour permettre un accès réel à ces données les sites devront être pourvus dun moteur de recherche et dun moteur de diffusion (push) permettant de trier les informations en fonction de leur thème ou de leur localisation. De nombreux textes sont accompagnés de cartes et de schémas qui devront pouvoir être visualisés au moyen doutils appropriés. Les fonds cartographiques servant de support à ces cartes, plans et schémas devront pouvoir être mis en ligne en franchise de droits.
Le SPDG considérera les avancées dans ces domaines comme un des tests de la volonté du Gouvernement de faire entrer la France dans la société de linformation, compte tenu de la force des intérêts que la transparence publique et la baisse des coûts de publication peuvent mettre en cause.
Quatrième et cinquième chantiers
Les chantiers 4 (informatisation des entreprises) et 5 (linnovation industrielle et technologique) du programme daction ne présentent aucune disposition intéressant spécifiquement le secteur de la géomatique.
Cela montre la nécessité dun effort important de sensibilisation sur les enjeux de la géomatique pour lensemble des entreprises (prise en compte de la dimension spatiale dans le système dinformation, géomarketing, logistique...), sans se limiter aux sociétés concernées par les applications classiques des systèmes dinformation géographique (gestion de territoires ou de réseaux, environnement, transports...).
Le programme daction comprend de nombreuses propositions visant à faciliter le commerce électronique et linnovation dans les domaines des services en ligne dont lapplication pourrait bénéficier au secteur innovant que constitue la géomatique.
Sixième chantier : favoriser lémergence dune régulation efficace et dun cadre protecteur pour les nouveaux réseaux dinformation
Ce chantier propose, dans le cadre de la convergence sectorielle, une autorégulation souple des services en ligne ainsi quune libéralisation limitée de la cryptologie.
La convergence des techniques de communication
"Fondamentalement, cette convergence est technologique : la numérisation réunit linformatique, les réseaux de télécommunication, les modèles de laudiovisuel, de limprimé et du courrier. Dun point de vue économique, lidée de convergence correspond aux rapprochements des industries de laudiovisuel, de la presse, des télécommunications et de linformatique, déjà amorcés par lessor du secteur de la télématique. Pour lutilisateur, la convergence se manifeste à la fois par le multimédia et la synergie entre des médias de masse, comme la télévision, et personnels comme le téléphone. (...) Ainsi, la convergence a-t-elle nécessairement un effet sur la régulation des différents secteurs concernés, et accélère le processus dadaptation du droit. Le gouvernement étudie lensemble des questions juridiques liées à la multiplication des nouveaux services et à la convergence, notamment dans le cadre de la future loi sur la communication et de lélaboration de la position française sur le livre vert de la Commission européenne."
Le SPDG reconnaît la pertinence de cette analyse et souhaite que toutes les conséquences en soit tirées, notamment à travers lélaboration dun cadre juridique, fiscal et économique commun à lensemble de lindustrie de linformation, en y incluant lédition de logiciels de géomatique, la production de données et les services en ligne ainsi que les services associés (intégration de projets). Ce cadre devra prendre en compte un des caractères essentiels de cette industrie, lexistence de rendements croissants et de coûts marginaux presque nuls. Cette tendance est renforcée jour après jour par la baisse des coûts de linformatique et des télécommunications. Le volume des ventes devient le facteur décisif du prix de revient unitaire. Cela conduit naturellement à lémergence de quasi-monopoles (tels que Windows, Microsoft Office, processeurs Intel dans le domaine des logiciels et matériels) qui, une fois installés, ne laissent que quelques niches aux concurrents. Laspect "niches " nest pas incompatible avec une telle analyse (différenciation des produits, segmentation du marché).
Cest ce constat qui, dans le domaine de laudiovisuel, a conduit à définir une "exception culturelle" assortie de la mise en place de fonds de soutien et de quotas de diffusion. Le SPDG propose que le constat de la convergence débouche sur la définition dune "exception informationnelle" plus large, incluant les logiciels géomatiques et les données géographiques. Cest dautant plus nécessaire que les Etats Unis proposent de faire de lInternet une zone de libre échange (pas de droits de douane), voire une zone franche (pas dimpôt spécifique à Internet), et peuvent sappuyer sur les problèmes de territorialité inhérents à un réseau où le coût de la distance a été aboli (ce qui facilite linstallation des serveurs dans les pays disposant des régimes fiscaux les plus favorables).
Il est important que cette exception informationnelle soit reconnue dans le cadre des négociations en cours en vue dun accord multilatéral sur linvestissement (AMI) et de celles menées sur léventuelle zone de libre-échange USA-Union Européenne (projet Brittan).
Une libéralisation limitée de la cryptologie
Le programme reconnaît limportance du chiffrement pour le développement du commerce électronique et pour la protection des données personnelles. Mais il réaffirme la nécessité den limiter lusage pour permettre la lutte contre le banditisme, le terrorisme et le blanchiment de largent sale. Dans ce cadre il annonce la publication des décrets dapplications de la loi de 1996 qui libéralise complètement la signature électronique, facilite le chiffrement faible (clés de 40 bits) et subordonne le chiffrement fort au dépôt des clés chez un tiers de confiance. Un débat national sera engagé au deuxième semestre.
Le SPDG approuve cette démarche et souhaite une libéralisation complète de la cryptologie comme dans de nombreux pays démocratiques. Le chiffrement faible est insuffisant en raison de laugmentation rapide de la puissance des outils de décryptage. La gestion du séquestre des clés pose de son côté de sérieux problèmes de sécurité et risque de coûter très cher. Il sagit en définitive dun problème de liberté (secret de la correspondance) et defficacité (facilité dutilisation des outils sécurisés). Seuls des motifs puissants peuvent justifier de limiter cette liberté. Or, qui peut croire quune loi pourrait dissuader terroristes ou délinquants dutiliser des moyens de chiffrement forts et discrets, même si elle permet de condamner les contrevenants ? Or, il est possible de sanctionner les usages délictueux, sans pénaliser l'ensemble des utilisateurs, en instituant simplement une obligation de fournir les clés de chiffrement à la requête d'un tribunal
La mise en uvre du programme daction gouvernemental
Cette partie insiste sur la participation de tous les ministères pour assurer la cohérence de laction du gouvernement en ce domaine et sur lengagement dun grand débat national afin de préciser et denrichir les dispositions envisagées.
Un engagement de chaque ministère
"Chaque ministère élaborera avant la fin du premier semestre 1998 un document de synthèse sur les dossiers " société de linformation ", destiné à être rendu public, concernant sa participation au programme daction gouvernemental sur la société de linformation. Ce document illustrera notamment lapport des technologies de linformation et de la communication tant à la modernisation interne du ministère quà lamélioration de ses relations avec les usagers, citoyens et entreprises. Il identifiera les différents engagements financiers correspondants."
"Les schémas directeurs des systèmes dinformation et des télécommunications de chaque ministère seront, si nécessaire, mis à jour avant la fin 1998 pour tenir compte de ces évolutions. Les procédures actuelles de validation des schémas directeurs seront recentrées sur lexamen des choix essentiels des ministères et des cohérences interministérielles à développer. Les plans ministériels intégreront notamment : le plan de numérisation et de mise en ligne sur Internet des données publiques, une identification des données déjà disponibles ou à diffuser, sur Internet, qui pourront faire lobjet dun lien depuis le site ADMIFRANCE, les projets de services dintérêt général par Internet, etc.)."
Le SPDG suivra avec attention la publication des documents de synthèse par ministère, en espérant que ces documents ne sarrêteront pas à une définition étroite des ministères mais incluront les établissements publics et divers organismes qui y sont rattachés et qui jouent souvent un rôle important sur le marché de linformation.
Le SPDG souhaite également que les projets de schémas directeurs fassent lobjet dune publication et donnent lieu au recueil des avis et suggestions des utilisateurs et partenaires.
Engager le débat public sur lentrée de la France dans la société de linformation
"Le programme daction constitue désormais le cadre de travail pour laction gouvernementale afin de favoriser lentrée de notre pays dans la société de linformation. Le programme daction présenté au pays exprime une vision politique de cet enjeu dont la mise en uvre doit se dérouler tout au long des années à venir. Ainsi, ce document propose-t-il des choix, sous la forme de grandes priorités, et entend mêler perspectives de moyen terme et projets concrets de court terme. Mais le programme daction gouvernemental pour la société de linformation na en aucune manière vocation à être figé. Il est le résultat dun intense travail des administrations de lÉtat, inspiré souvent par les propositions très nombreuses des autres acteurs de la société. Il faut à présent quil soit enrichi en sappuyant sur le débat public auquel doivent donner lieu les grandes options retenues pour faire entrer la France dans la société de linformation."
"Le débat pourra notamment sappuyer sur les technologies de linformation et de la communication, à commencer par Internet. De plus, certains enjeux particuliers feront lobjet dune concertation spécifique entre lÉtat et les acteurs concernés."
Le SPDG approuve complètement cette démarche et entend apporter sa contribution compte tenu des liens étroits existant entre lentrée de la France dans la société de linformation et le développement de lindustrie de linformation géographique.
Première appréciation du programme daction gouvernemental
Dans le prolongement du discours de Lionel Jospin à Hourtin, le programme daction gouvernemental "pour faire entrer la France dans la société de linformation" propose à la fois une démarche et une série dactions susceptibles de favoriser le déploiement des nouvelles technologies de linformation et de la communication et, à travers elles, le développement dune industrie géomatique française à la hauteur des enjeux.
La démarche consiste à faire jouer à lEtat le rôle qui est le sien pour la mise en place du cadre légal et fiscal approprié et pour la mise à niveau de ses politiques dans les domaines de lenseignement, de la recherche et de laction culturelle, mais aussi à donner lexemple pour la modernisation de ses services. Cette démarche saccompagne de louverture de plusieurs débats et appels à propositions qui devraient permettre une meilleure prise en compte des attentes de la société.
Cette ouverture donne la possibilité au SPDG de faire valoir ses propres propositions là où le programme daction paraît devoir être complété, soit pour aller plus loin dans la démarche, soit pour tenir compte des spécificités et des enjeux propres à la géomatique.
Parmi les nombreuses propositions intéressantes figurant au programme daction on notera :
Un certain nombre de points qui nécessitent des précisions, des compléments, voire des inflexions, ont été relevés dans lanalyse des différents chantiers. On citera parmi ces points :
Le programme daction ne sattarde guère au recensement des actions multiformes de services de lEtat qui freinent le déploiement des nouvelles technologies. Cest particulièrement sensible dans le domaine des données publiques où de nombreux textes restrictifs existent. Les administrations sont partagées entre la volonté dempêcher le secteur privé de faire des profits en valorisant les données publiques (ce qui serait scandaleux en soi) et le désir de se transformer elles-mêmes en commerçants (ce qui correspond rarement à leurs missions).
Cest pourquoi une action pourrait consister à recenser ces pratiques et les textes sur lesquels elles sappuient afin dy mettre fin rapidement et de stimuler et renforcer ainsi linitiative privée.
Il reste que, globalement, le Plan daction gouvernemental apparaît comme un point dappui précieux pour faire avancer les demandes du SPDG.
II. Le livre blanc du CNIG
Le Conseil National de lInformation Géographique propose dans son livre blanc des "éléments pour un débat national" sur "linformation géographique française dans la société de linformation". Ce livre blanc complète le programme daction gouvernemental en sattachant plus particulièrement à la question des données géographiques. Il comprend à la fois un état des lieux et des propositions.
1. LEtat des lieux
Les enjeux de linformation géographique
Linformation géographique présente plusieurs caractères particuliers qui lui confèrent une grande importance dans la perpective de lentrée dans la société de linformation :
Le SPDG partage cette analyse du CNIG constatant que la géomatique est une composante essentielle de la société de linformation.
Il lui paraît nécessaire de la compléter sur deux points :
Le retard français en géomatique et ses raisons
Le livre blanc montre que le marché français de linformation géographique rapporté au PIB est très inférieur à celui de lEurope du Nord et que ce retard risque de saggraver, les prévisions de croissance à moyen terme étant plus faibles que celles de ses voisins.
De nombreux freins au développement du marché sont identifiés, qui relèvent en général dune inadaptation de loffre :
Ces freins se retrouvent dans la plupart des pays européens : "Les critiques adressées au système public de production dinformation montrent également de grandes similitudes. Linadaptation des spécifications, le prix trop élevé, les difficultés daccès à linformation, linsuffisante disponibilité des données sont universellement critiqués."
Linsuffisance de loffre de données géographiques est toutefois beaucoup plus marquée en France que dans les pays de lEurope de Nord, qui disposent (ou disposeront à bref délai) dune couverture topographique nationale à grande échelle (1/10 000 et plus), dun plan cadastral numérisé et dun fichier national des adresses géoréférencées. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas bénéficient en outre dun découpage fin en zones de codes postaux utilisable pour des analyses géographiques.
Les données géographiques non disponibles en France
Le livre blanc constate que loffre de données sur étagère est inexistante ou très lacunaire en France dans les domaines suivants :
Le SPDG estime que ce constat doit être complété sur deux points importants :
Les conséquences des bouleversements technologiques
Le livre blanc énumère quatre grands bouleversements technologiques :
Le SPDG partage pour lessentiel cette analyse. Il lui paraît toutefois important dinsister sur la baisse des coûts que permettent ces évolutions technologiques et sur limportance de la facilité dutilisation des données et services pour louverture de marchés nouveaux.
Les mutations en cours affectent lensemble de la chaîne de la valeur depuis la collecte et la mise à jour (GPS, lasers, stations totales, satellites, capteurs de toute nature) jusquà la diffusion (DVD, Internet) en passant par le stockage (mémoires de masse). Deux points méritent une attention particulière :
Une plus grande facilité dutilisation des logiciels et des données est aussi une clé de louverture de nouveaux marchés. Cela suppose de favoriser une grande diversité de loffre en facilitant lintégration des données dans des produits et des services prêts à lemploi.
Les conséquences du retard français en géomatique
Le livre blanc analyse les conséquences du retard constaté :
"A long terme, la saisie dinformations, qui était jusquà une date récente le gisement majeur demplois, nen procurera guère de nouveaux. Les gains defficacité dans les méthodes de levés seront compensés par une demande de mise à jour de plus en plus proche du temps réel. Lemploi pourra, probablement, être maintenu mais sans croissance. Par contre le développement des utilisations, lapparition de nouvelles applications et de nouveaux services créeront des emplois nouveaux à la condition quune politique cohérente prenant en compte tous les aspects - recherche, formation, production et diffusion, exportation, services - soit conduite".
Le SPDG partage pour lessentiel cette analyse mais estime nécessaire de la compléter sur plusieurs points :
Le secteur de linformatique et des réseaux a montré que la baisse des prix peut induire des augmentations de volume bien supérieures à cette baisse, générant finalement une forte augmentation des marchés et de lemploi. Nest ce pas précisément cette stratégie qui a permis la création de centaines de milliers demplois dans le secteur des hautes technologies aux Etats Unis ? LEtat saura-t-il, en tant que producteur de données géographiques, sinscrire dans cette perspective ?
2. Les propositions
Le livre blanc du CNIG définit six objectifs principaux :
2.1 Une couverture nationale en données à grande échelle
Le livre blanc commence par définir les données de référence qui "constituent le noyau commun à lintersection des différents besoins applicatifs. Elles doivent servir au rattachement des informations spécifiques à chaque application et non intégrer lensemble de ces informations spécifiques. Elles doivent être conçues de façon suffisamment cohérente pour permettre linteropérabilité des différents types dinformation quel que soit leur mode de localisation. Elles comportent : une description physique du territoire, sa situation juridique, les adresses postales et les zonages administratifs".
Pour le SPDG il convient de distinguer les données de référence, définies par leur fonction principale : localiser dautres données (canevas géodésique, plan parcellaire, fichier des adresses postales et filaire des voies, îlots INSEE, découpages administratifs) et les données de base, définies par leur usage : elles sont utilisées dans des applications diverses (BD Alti, hydrographie, données INSEE localisées, annuaire du téléphone, orthophotos...). Les contraintes fonctionnelles sont plus fortes pour les données de référence (intéropérabilité). Le SPDG se propose dapporter sa contribution à la question de la norme dharmonisation de ces données de référence et de base qui se posera rapidement.
2.11 Le plan cadastral
Le livre blanc du CNIG définit deux objectifs pour le plan cadastral :
Constatant que "ladministration fiscale rencontre, à lévidence, des difficultés pour satisfaire correctement ces besoins nouveaux même si ceux-ci sont couverts par des financements non budgétaires" le livre blanc propose "la reconnaissance, en tant que telle, dune mission de service public de gestion et diffusion du Plan Cadastral au sein dun organisme doté dune autonomie financière".
"Il reste à sorganiser afin de capitaliser linformation foncière numérique constituée à partir de plans scannés fournis par ladministration fiscale ou dautres services de ladministration, den établir une version vectorisée, de la gérer et de la diffuser, et dassurer également la gestion directe des plans numériques issus des opérations de remembrement ainsi que lintégration des documents darpentage réalisés par les géomètres experts. Un accord national devra être mis au point permettant de fédérer les financements nécessaires à ces actions".
"Plusieurs voies sont envisageables pour cette organisation : la création dun établissement public national, le transfert de cette fonction aux départements qui financent les remembrements et les plus grosses opérations de numérisation du plan ou, encore, la prise en compte de cette mission par lIGN ou lOrdre des Géomètres ou un groupement dintérêt public réunissant ces structures et ladministration fiscale".
Le SPDG approuve cette démarche tout en soulignant quun certain nombre de points doivent être précisés très rapidement :
2.12 La base de données topographiques
Quand le livre blanc évoque "la couverture, au plus vite, du territoire national en données de référence à grande échelle par une définition précise de ces données de référence simples, qualifiées, régulièrement mises à jour", il vise probablement aussi la BD Topo de lIGN, qui ne couvre actuellement que 15 % du territoire. Il ne contient toutefois aucune indication sur les moyens qui pourraient être mis en uvre pour réaliser cet objectif.
Le SPDG confirme son plein accord avec les constats établis par le livre blanc et avec lobjectif qui en découle. Pour atteindre cet objectif il lui paraît nécessaire :
2.13 La couverture photographique aérienne de la France
Le livre blanc ne fait pas de propositions en vue de la numérisation de la couverture aérienne de la France. LEtat finance cette couverture depuis les vols jusquau développement des films, sur la base dune mise à jour quinquennale. Les utilisateurs ne supportent que le coût du tirage papier, effectué au coup par coup (coût de mise à disposition). En revanche les photos scannées, assemblées et rectifiées (orthophotos calées dans un système de référence) sont vendues sur la base du coût total de production (en concurrence avec dautres producteurs).
Les progrès de limagerie numérique, le faible coût des orthophotos (comparé à celui des plans topographiques vectoriels), la richesse de leur information (pas de tri ni dinterprétation) et la facilité de leur lecture conduisent à une utilisation croissante, souvent même comme référentiel. Ce mouvement est freiné par la non-disponibilité dorthophotos sur étagère : les utilisateurs doivent spécifier leur produit, faire un appel doffres et payer lintégralité du coût (sans le partager avec les utilisateurs ayant les mêmes besoins).
Cest pourquoi le SPDG souhaite que la mission de service public de lIGN soit étendue à une orthophoto "de base" afin de mettre à niveau sa prestation et de réduire le coût très élevé de la gestion de la photothèque :
2.2 Un fichier dadresses postales géoréférencées unique
Le livre blanc propose de rechercher un "accord des principaux acteurs de ladresse postale (La Poste, lINSEE, la DGI, les collectivités locales) et les principaux utilisateurs (gestionnaires de réseaux, représentants des entreprises, opérateurs de linformation géographique) autour dun système normalisé et de procédures communes dentretien et de diffusion des données" résultant de la normalisation du libellé des adresses postales et de leur géoréférencement (à lexclusion de toute donnée nominative).
Le SPDG partage lanalyse du CNIG sur limportance des adresses postales et soutient la proposition de démarche concertée en vue de la constitution dun fichier national des adresses. Des compléments et précisions semblent toutefois nécessaires sur plusieurs points :
2.3 Maintenir une capacité opérationnelle dobservation de la terre
Le livre blanc ne comprend aucun développement particulier sur cet objectif, que le SPDG soutient. Deux points méritent toutefois dêtre soulignés :
2.4 Faciliter laccès aux données publiques (nomenclatures et catalogues)
Le livre blanc rappelle lexistence de gisements dinformation géographique publics considérables chez les organismes qui ont pour mission de recueillir et diffuser une information particulière (comme lIFN, lIFEN, le BRGM) ou parce que, dans lexercice de ses tâches, ladministration crée une information particulière (comme linformation routière recueillie par les DDE, celle sur leau par les Directions Départementales de lAgriculture, les Agences de lEau ou les Directions Régionales de lEnvironnement ou celles sur le milieu urbain accumulées dans les collectivités locales (Données relatives au patrimoine DRAC - aux établissements classés DRIRE, à la qualité de leau -DDAS ).
Le livre blanc propose trois mesures : identifier ces gisements, en numériser le contenu et en définir clairement les modalités daccès par des tiers : "la première étape dun accès plus facile à ces informations doit consister à les décrire au sein de catalogues normalisés et à donner à tous un large accès aux catalogues ainsi constitués".
Le SPDG approuve ces orientations et souhaite que soit également facilité laccès des prestataires de services aux données "primaires" détenues par ladministration afin de leur permettre de les diffuser après les avoir adaptées aux besoins variés des utilisateurs et de les associer, le cas échéant, à dautres données.
Les données "primaires" (parfois appelées données "brutes" bien que leur spécification en fasse de plus en plus des données élaborées) sont le produit du système de collecte et de mise à jour avant les traitements et mises en forme opérés en vue de leur diffusion à des tiers. Ces traitements et mises en forme éliminent une partie de linformation contenue dans les données. Ces dernières doivent être décrites dans des dictionnaires de données, éléments essentiels de la description des systèmes dinformation des administrations.
Le SPDG demande que, dans le cadre du plan daction gouvernemental, ces dictionnaires soient rendus publics et que la liberté daccès à ces données soit établie comme la règle (les restrictions faisant lobjet dune liste limitative).
Les catalogues vont sélectionner et présenter les données susceptibles, du point de vue de ladministration, dintéresser lutilisateur final. Les dictionnaires de données vont au contraire présenter toutes les données et ce sont les prestataires de services qui apprécieront celles qui sont susceptibles dêtre diffusées, à partir de leur connaissance du marché et de leur domaine dexpertise.
Le SPDG souhaite que le droit daccès et de diffusion des données primaires sapplique à toutes les données collectées dans le cadre dun service public, quel que soit le statut de lorganisation en charge de ce service public, dans les limites autorisées par la protection de la vie privée, etc. (principes de la CNIL)
2.5 Définir des règles favorisant la diffusion et la valorisation des données publiques
Le livre blanc propose :
Il constate en effet que "les pays au marché le plus développé sont ceux où existe un secteur intermédiaire de sociétés de services ou de valeur ajoutée particulièrement vigoureux. Ce secteur intermédiaire se développe sur la matière première que sont les données de référence à la double condition quelles existent et quelles soient accessibles. Comme nous lavons vu plus haut, la France nest pas en situation favorable pour lexistence des informations de référence. La prise en compte insuffisante des nouvelles technologies dans les modalités techniques et contractuelles de diffusion constitue, également, un obstacle".
La comparaison avec le Royaume -Uni montre quune politique de partenariat beaucoup plus ouverte ne se fait pas au détriment des résultats commerciaux puisque lOS britannique trouve plus de 85% de ses ressources sur le marché.
En outre "passer des informations issues des différents organismes producteurs à des ensembles applicatifs répondant aux besoins des utilisateurs nécessite des opérations de combinaison de données dorigines différentes, denrichissement et de conditionnement des données, de développement dinterfaces utilisateurs adaptées et de modules logiciels visant à réduire les délais dopérationnalité des applications. Ces activités de service font apparaître un nouveau métier de "courtier" en information qui est indispensable au développement du marché".
Le SPDG partage complètement les analyses et les propositions du livre blanc visant à développer la synergie entre les producteurs publics de données géographiques et le secteur privé de la valeur ajoutée. Il propose de les compléter par un certain nombre dorientations sur les principes de tarification des données publiques :
2.6 Rationaliser lemploi des moyens budgétaires
Le livre blanc estime que "la réorientation nécessaire des politiques publiques nexige pas deffort budgétaire supplémentaire mais, plutôt, une autre définition de la mission des organismes de lEtat et des administrations et un meilleur usage des moyens budgétaires, aujourdhui dispersés, au bénéfice de lactivité économique et de lemploi".
Le SPDG partage ce point de vue qui appelle quelques développements.
Le déploiement des nouvelles technologies met en cause radicalement les méthodes actuelles de production et de diffusion des données géographiques par les services de lEtat. Il serait complètement illusoire de vouloir préserver les emplois dans leur contenu actuel dans le cadre de la définition actuelle des missions de service public. En revanche un développement important du marché peut résulter de la baisse des prix induite par les NTIC et des applications nouvelles quelles permettent (grandes échelles, mises à jour en temps réel, 3D, etc.). Lenjeu majeur est la capacité des producteurs publics à sinscrire dans cette perspective et à saisir les possibilités nouvelles (par exemple un plan cadastral numérique à jour et ayant une valeur juridique).
De plus un effort important de rattrapage est nécessaire à court terme pour combler les retards qui ont été constatés, notamment dans le domaine de la numérisation du plan cadastral, de la couverture topographique à grande échelle et des orthophotos. Ce rattrapage implique à la fois une sous-traitance et une mobilisation de financements transitoires à laquelle le secteur privé pourrait contribuer.
Le secteur public et semi-public, principal utilisateur actuel de données géographiques numériques, aurait tout à gagner à une meilleure disponibilité de ces données et dune baisse de leur prix. Le développement dune forte filière géomatique contribuerait à la création demplois et de richesses et donc, in fine, à lamélioration des équilibres économiques et budgétaires.
2.7 Autres propositions du livre blanc
Si les propositions du livre blanc visent en premier lieu loffre de données (production, diffusion, tarification), des développements importants sont également consacrés au soutien à lexportation, aux normes, à la recherche, à la formation et à la sensibilisation.
2.71 Lexportation
Le livre blanc constate que la faiblesse relative du secteur géomatique français saccentue encore à lexportation, malgré latout considérable que représente Spot Image et lactivité dIGN International. Il attribue ces faiblesses, pour une part importante, à labsence daction concertée et volontaire. Il propose en conséquence :
Le SPDG approuve ces orientations et sefforcera de favoriser leur mise en uvre.
2.72 Normes et qualité
Le livre blanc constate que, si des standards nationaux peuvent exister pour léchange des données, des normes européennes (CEN) ou internationales (ISO) simposent pour linteropérabilité des logiciels et des systèmes. Il existe en outre un danger de se voir imposer des standards de fait par des consortiums dominés par les éditeurs nord-américains. Face à ce danger "il faut que, dépassant les préjugés de compétition nationale, les acteurs se syndiquent pour garantir quune voix nationale sexprime et, si possible, soit entendue".
Le livre blanc souligne aussi limportance de la qualité pour la prise en compte des besoins et la loyauté de la concurrence. Il estime que "des actions de lensemble du secteur professionnel visant à.. élaborer des méthodes permettant la comparaison des résultats et à promouvoir lassurance qualité sont particulièrement indispensables. Une action plus volontaire sappuyant sur les dispositifs existants de certification et de reconnaissance des compétences professionnelles permettra de favoriser la transparence et le développement du marché".
Le SPDG tient à être associé à lélaboration de ces normes qui doivent prendre en compte les exigences.
2.73 La recherche
Le livre blanc constate que le GDR Cassini, qui regroupe la recherche universitaire, malgré une image scientifique reconnue hors des frontières, est confronté à certaines difficultés : des financements incertains, des liens avec lindustrie trop rares et une orientation trop technologique, au détriment de la recherche sur les nouvelles applications thématiques. Or il reste beaucoup à faire, notamment pour linteropérabilité des systèmes, la gestion du temps et des échelles multiples, la mise au point de nouvelles applications concrètes...
Le livre blanc propose en conséquence la mise en place dun "véritable programme national de recherche regroupant lensemble des acteurs (universitaires, chercheurs, producteurs de données, entreprises de logiciels et de services, utilisateurs), avec un financement plus diversifié et plus stable que celui de Cassini ; il doit également avoir un spectre plus large couvrant les aspects technologiques, applicatifs et organisationnels de linformation géographique".
Le SPDG soutient cette proposition et souhaite sa mise en uvre rapide.
2.74 Formation et sensibilisation
Le livre blanc constate le manque de sensibilisation des décideurs, la géographie étant présentée à lécole " comme un sujet de connaissance encyclopédique et non comme un outil danalyse des interactions spatiales". Des actions de formation professionnelle compensent en partie cette lacune mais touchent peu les niveaux hiérarchiques décisionnels, qui restent peu sensibles à la dimension stratégique de linformation sur le territoire.
Le livre blanc propose en conséquence la création dun véritable pôle de formation dutilisateurs de haut niveau. Il faut aussi que, dès le niveau secondaire, les programmes denseignement évoluent pour inclure une autre vision de la géographie correspondant mieux aux possibilités actuelles. Une vraie réflexion sur la nature de la géographie doit être conduite en sappuyant sur les compétences développées dans les milieux universitaires et de la recherche et sur les expérimentations déjà conduites dans quelques établissements.
"Cette évolution doit être accompagnée par un effort de formation permanente qui permette une mise à niveau constante des professionnels et une formation adaptée aux nouveaux utilisateurs. Il faut pour cela un programme national de formation continue qui fédère les moyens de formation existants dans un pôle fort de formation continue qui couvre lensemble des besoins de formation professionnalisante et adapte, en permanence, son enseignement aux évolutions des techniques et des métiers".
Le SPDG soutient ces propositions et souhaite que le CNIG reçoive les moyens et le mandat nécessaires pour renforcer les actions de sensibilisation. Un véritable plan daction devrait être élaboré durgence dans cette perspective.
Première appréciation du livre blanc du CNIG
Le livre blanc du CNIG apporte un constat et des propositions qui complètent utilement, pour linformation géographique, le programme daction du gouvernement. Il constitue un point dappui précieux pour desserrer les freins et lever les obstacles qui sont à lorigine du retard français dans le domaine de la géomatique.
Le SPDG apporte son soutien à la démarche qui inspire le livre blanc et aux nombreuses propositions quil présente. Un certain nombre de points, qui ne sont pas abordés ou ne sont pas suffisamment développés dans le livre blanc, devraient néanmoins être précisés. Cest ainsi quil nous paraît en particulier nécessaire de :
Le SPDG est prêt, pour ce qui le concerne, à apporter sa contribution au débat sur ces différents points, ainsi que ceux abordés au fil de lanalyse du livre blanc sur linformation géographique, dans le respect de lesprit constructif et ouvert qui caractérise la démarche du CNIG.